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02/03/2005

Ecran de fumée

Author: amo@emakina.fr

En septembre dernier, Alexis (pas moi, l’autre), recevait la visite des flics, venu chercher dans le disque dur de son ordinateur la musique qu’il avait téléchargé en P2P.
Pour avoir téléchargé 10000 titres illégalement, il est condamné à 3000€ avec sursis et à verser 10000€ de dommages et intérêts (vous aurez noté que ça fait 1€ le titre).
Pour moi, cette événement n’est qu’un écran de fumée et masque d’autres enjeux.


Il est intéressant de noter que le caractère intentionnel du téléchargement résulte pour le tribunal de la simple matérialité des fichiers et du logiciel utilisé. La défense a bien essayé de faire croire que la fonction de partage sur le réseau avait été désactivé, mais cet argument n’a pas tenu.
En outre, le tribunal exprime le souci d’une “application très modérée de la loi pénale” compte tenu du développement du réseau et des “incompréhensions qu’il suscite”. En clair, il a été indulgent car c’est le premier, mais quand on pourra juger que l’aspect pédagogique de ce type de procès est passé, la loi pourra s’appliquer dans toute sa dureté (le risque est de 3 ans et prison et 300 000€ d’amende).
Les sponsors de la répression sont donc satisfaits, mais le débat n’est pas clôt et ne fait même que commencer.
Pas plus tard que ce matin, le Nouvel Observateur publiait un appel, à l’initiative de nombreuses personnalités, contre ce type de poursuite. Leur but n’est pas de dire que Kazaa c’est bien, mais ils ne veulent pas que des personnes soient condamnées pour avoir téléchargé de la musique et pensent que l‘Internet n’est pas une menace mais une opportunité pour les artistes.
Je crois en effet que les arguties actuelles autour du P2P et cette actualité judiciaire est un écran de fumée.
Il y a quelques semaines, je prêtait un oeil attentif à l’interview de trois responsables de labels indépendants qui, sans nier les problèmes, mettaient bien en avant que la santé des indépendants tenait beaucoup à leur dynamisme et leur innovation et que dans ce registre, il y avait encore beaucoup de choses à faire sur le net. Les artistes signataires de l’appel du jour ne disent pas autre chose.
Le net en général et le téléchargement de musique en particulier sont une vraie opportunité de diffuser de la musique autrement pour les artistes et labels qui le souhaitent. Prince a ouvert la voie il y a longtemps en coupant les ponts avec les majors pour utiliser à plein le réseau dans une relation privilégiée et directe avec son public. La prochaine étape est bien celles d’artistes qui vont émerger auprès du public par le réseau, hors des circuits habituels.
Je pense donc que les majors ont bien conscience que le risque n’est pas dans la pratique du P2P, mais dans le fait que, comme tout intermédiaires, ils soient contournées par les artistes et producteurs. Malheureusement pour eux, avec l’éruption de phénomènes comme le PodCasting ou les flux RSS musicaux, sans parler de modèles comme Weed, le net n’arrête pas d’inventer des possibilités d’usages partagés dans le domaines de la musique, qui plus est légaux.
Appliquer la politique de la peur ne mènera nulle part, ne fera que braquer l’attention des amateurs de musique et des artistes sur le net et conduira immanquablement à l’émergence de nouveaux services, de nouveaux modes de diffusion et de nouveaux modèles économiques au profit des labels indépendants et des artistes.
Encore une fois, les majors se complaisent dans une attitude défensive et oublient d’innover. Elles se feront doubler par leur base, après s’être fait doubler par l’industrie High Tech, notamment Apple

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