01/30/2007

En attendant les usages

Author: amo@emakina.fr

Jeudi soir dernier se déroulait une réunion de l’Aliptic, la jeune association qui tache d’organiser en filière l’économie numérique limousine. Nous avons eu l’avantage d’y échanger avec Jean-Paul Denanot, Président de la Région Limousin, l’occasion pour moi d’y vérifier combien, en tous les cas par ici, les modèles en clusters ont la cote et que, si le développement économique au sens extérieur du terme est toujours la norme, l’économie résidentielle est le nouvel acteur dans le débat.
Nous avons évidemment parlé de Dorsal, le service-public du haut-débit dont la mise en oeuvre est à échéance du premier juillet prochain. Plusieurs fois, Jean-Paul Denanot a évoqué l’importance des usages, ce qui n’était évidemment pas fortuit compte tenu de l’assistance et qui, comme vous l’imaginez, a su me stimuler.


Il est de notoriété publique que je fais partie de ces militants qui se plaignent historiquement de l’absence d’approche usages dans les projets, ou plutôt du décalage qu’il y a entre les mots et la réalité des projets. Ceux-ci sont toujours centrés sur l’outillage et c’est vrai que cet aspect est compliqué. Mais à partir du moment où on ne met pas l’utilisateur au centre, donc que l’on ne manage pas le projet par les usages, il ne faut pas s’étonner qu’on en manque à l’arrivée.
Le cas qui nous intéresse est d’autant plus pertinent que des programmes ont existé pour les stimuler, les usages, et ce vieux sujet qu’est la question de savoir ce que l’on met au centre éclaire bien des éléments de réponse, doublé de l’habituel écueil de la généralisation.
il y a d’abord un projet classiquement centré sur l’infrastructure, par ses objectifs et le penchant naturel au “goudron-béton”. De fait, il ne faut pas s’étonner qu’il y ait un écart entre un positionnement de plombier et celui des usagers centrés sur ce qui circule dedans et tout particulièrement les offres qu’il y a au bout des tuyaux. Jeudi soir, nous avons donc naturellement parlé de l’émergence d’une offre de FAI locale, devenue ainsi plus que jamais cruciale pour combler l’écart en question, mais qui ne se décrète pas. Quand aux programmes d’appels à projets “usages” précédemment évoqués, ils ne sont pas centrés sur les usages, justement, ils le sont sur les objectifs que se donnent les organisations qui candidatent, leur projet étant plus souvent une fin plus qu’un moyen. Et puis, ce sont des expérimentations. Il leur manque une seconde phase, celle de la généralisation de ce qui marche. Jean-Paul Denanot a cité des usages tels de la télémédecine, la formation à distance, qui fleuraient bon à la fois des expériences largement documentées, mais aussi et surtout leur isolement dans leur écosystème et la difficulté à les généraliser. L’exemple du campus virtuel CVTIC a ainsi été cité par plusieurs intervenants.
Un projet très infrastructurel qui néglige sa dimension marché, ou qui pense qu’elle va se stimuler toute seule. Des expérimentations sympathiques mais qui restent ce qu’elles sont en l’absence de vision de long terme et surtout parce qu’elles se développent en marge des organisations qui les portent alors qu’elles devraient en être le coeur de la vision stratégique. Il n’y a ici que des lieux communs qui n’éclairent qu’une seule chose : le développement de la Société de l’Information est un tout et il oblige à être au coeur de la vision stratégique.
Et puis il y a le “d’où on part et où on va”. Sous cette discussion il y a la quantification de l’économie numérique et j’ai déjà eu l’occasion de montrer l’absence d’indicateurs pour l’éclairer. Je fait partie de ceux qui pense qu’on devrait en commencer par là, histoire d’aider la vision stratégique à s’appuyer sur du tangible. C’est à ce titre que le curseur sera mieux à même d’être placé entre développement économique extérieur et économie résidentielle notamment. Il est encore temps.

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