08/23/2006

La politique à l'heure numérique

Author: amo@emakina.fr

À l’approche des échéances 2007, la rentrée qui s’annonce augure d’une nouvelle ère où le réseau sera un enjeu crucial et même central.


J’avais déjà eu l’occasion, dans mon précédent point sur le sujet, de parler des nombreux indicateurs de tendance et autres quantificateurs du bourdonnement, tel le Buzz-blog. Le premier effet du web 2.0 en politique, c’est en effet que les gens se parlent et que donc le réseau bourdonne. Terminé le temps où show médiatique politique ne se traduisait que dans des discussions informelles non-visibles. Tout un chacun se saisit et en parle sur son blog ou sur celui des autres et quand c’est fort, ça fini en Google bombing, comme le relevait Pointblog en juin dernier autour de la petite phrase de François Hollande face à Michèle Alliot-Marie. Nouvel exemple avec Jack Lang, attendu au tournant de certaines de ses déclarations.
Mais les blogs, ce n’est pas que pour le citoyen, c’est aussi et avant tout un outil politique. Dans le pays où le bloging politique est né, on commence sérieusement à constater du résultat, notamment quand des poids lourds comme Joseph Liebermann perdent face à des quasi-inconnus qui savent tirer profit du réseau. Alors oui, les blogs ça compte et pas seulement outre atlantique. Ici aussi les grands partis affûtent leurs armes.
PS comme UMP ont leur plateforme de blogs militants, mais le second se donne plus de moyens et inscrit cela dans une stratégie de maillage très organisée. L’UMP fait d’ailleurs du réseau le fer de lance de son action et ça aussi c’est nouveau et révélateur. Il a annoncé consacrer la moitié de son budget communication à ce support.
Pendant ce temps, le PS ne s’est pas engagé à ce niveau et ce sont les candidats à la candidature qui s’investissent sur leurs propres environnements. Désirs d’avenir de Ségolène Royal continue de ne pas désemplir, DSK continue de bloguer et rencontre ses lecteurs, Laurent Fabius articule un site et un blog, tous deux très classiques, Jack Lang blogue toujours sans bloguer lui-même. Un beau terrain d’expérimentation et une pratique du net en politique qui sera retenue en même temps que son porteur sera investit.
On le voit, il y a des partis qui s’organisent, d’autres moins, mais rien n’empêche les militants de s’auto-organiser entre eux pour former des communautés indépendantes et peser sur les partis. C’est cette capacité du réseau à susciter des mobilisations et des organisations parallèles qui était au centre de l’atelier politique de l’EntreNet. Les USA, c’est loin, mais dans son compte-rendu, Versac y évoque de DailyKos. Cette énorme communauté online aiguillonne sérieusement le parti démocrate en se plaçant en une sorte de contre-parti. Evidemment, voir émerger ici ou là des groupes très actifs, qui savent être visibles et mobilisateurs n’est pas sans poser questions aux partis traditionnels, car ceux-ci ne sont alors plus incontournables.
C’est très impressionnant, mais on n’en voit pas encore la couleur par ici. D’ailleurs, malgré un bourdonnement très prononcé et un sujet sensible, la DADVSI n’a pas réussi à en faire constituer une. Ce sont plutôt les partis qui ont réussi à recruter en ligne et auxquels se pose maintenant la question de l‘intégration des e-militants et surtout celle d’une vraie animation de communauté politique en ligne, un nouveau métier qu’il va leur falloir apprendre. Peut-être qu’en cas de déception, ces e-militants prendront l’initiative de leurs côté ? On verra.
En attendant des comparatifs des programmes, comme ceux entrevus lors du référendum sur le TCE ou en aparté du congrès du PS il y a un an, il y a toujours des tentatives d’écritures collectives de programmes via des wikis. Quand aux espaces type Debat2007, ils sont très intéressants, mais sans doute pas assez vindicatifs pour dépasser le statut de boîtes à idées, aussi pertinentes soient-elles.
L’autre certitude, c’est la vidéo, avec ou sans podcasting dont la mode semble retombée. Dernière initiative en date, l’UMP, encore lui, qui se fend d’une diffusion en P2P du discours d’introduction de son Président à l’Université d’Eté du parti. À l’heure de la DADVSI, c’est croustillant. Cela reste malgrès tout dans une bonne logique topdown, modalité mise à part, bien dans la ligne des campagnes de mailing agressives du parti.
Non, ce que j’aimerai voir transposé en France, c’est ce que fait Angela Merkel en Allemagne, c’est-à-dire un Podcast hebdomadaire, dédié. Une autre façon d’expliquer l’action politique, de cultiver son image et sa proximité, qu’il n’y a plus qu’à articuler avec un blog. Encore faut-il ne pas être avare de mots et sortir des habitudes médiatiques.
En attendant, je vous laisse avec cet autre président et les canons de la communication politique qui s’en dégagent.

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