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02/22/2006

Où sont les internautes 2.0 ?

Author: amo@emakina.fr

Merci à Hubert d’avoir lancé un débat que je trouve hautement crucial et opportun, notamment pour sortir des manichéisme qui nous ont occupés l’année dernière et qu’il est temps de dépasser.


Ce n’est pas parce que l’internet est entré depuis quelques années dans une logique de masse que l’internaute 2.0 n’en est pas pour autant rare et le restera quelques temps encore si pas durablement. On a bien vu, ces derniers jours, apparaître sa limite à 20% de la part des internautes. Ce n’est évidemment pas un problème d’outils ou de nouvelles modalités. Pour être un internaute 2.0, encore faut-il avoir quelque chose à dire et avant-cela être en situation de formuler et même d’avoir envie de le faire !
Dès que l’on tombe dans le substituant on se trompe. Le journalisme citoyen existe, il complète et offre l’opportunité d’un autre point de vue pour peu que l’on préfère être un conso-acteur actif plutôt qu’un consommateur passif qui appuie sur le “1” de la télécommande.
Après tout, une immense majorité de la population se satisfait d’une seule source d’information, le 20h des grandes chaînes hertzienne, pour se faire une idée. Que le réseau amène à une diversification est une bonne chose, à condition qu’on en use avec intelligence, ce qui renvoie évidemment à un enjeu éducatif que je ne cesse de souligner. Nous risquons fort de le payer un jour, mais c’est un autre débat.
Nous ne sommes plus dans la société des années 50 où tout était plus contraignant mais aussi plus simple puisqu’il suffisait de se conformer aux codes de son milieu social. Aujourd’hui, la société pousse à avoir des individus responsabilisés, qui font des choix et affirment une identité et des points de vues. La blogosphère et le réseau est leur terrain de jeu, mais il ne faut pas se laisser aveugler par les petits cercles et réseaux que l’on fréquente, la multitude n’a ni cette ambition ni ces moyens. Il ne manque en effet pas de sociologues pour relever les souffrances de tous ceux qui ne sont pas assez outillés pour répondre à ces exigences de la société moderne et qui la subissent plus qu’ils n’y participent voire contribuent. Ils n’en sont pas moins citoyens.
Loin de moi l’idée de nier le mouvement de fonds que constitue l’avènement de la Société de l’Information et l’internet de masse, je suis d’ailleurs de ceux qui pensent que la i ou c-generation va sérieusement faire bouger les lignes. Pour autant, sachons regarder les choses en tendances et sur la durée, modérer les analyses et considérer la diversité des hommes et l’inégalité de répartition de leurs conditions et capacités dans l’appropriation de nouvelles postures que l’on voudrait voir massivement adoptées. Mais la vérité, c’est aussi que si les modèles types pronétariat ne sont pas généralisés, ils s’appliquent dans des environnement socio-économiques et culturels délimités et ce sont ces périmètres qu’il serait bon de baliser avant de faire des plans sur la comète. Je partage donc beaucoup des idées de Joël de Rosnay, mais en veillant bien à les observer dans leur contexte. C’est tout à leur avantage.
Pour bien illustrer la nécessité du contexte, plus largement et sans mauvais procès, je trouve assez acide mais somme toute utile de faire le lien entre ce débat et celui qui se passe actuellement autour de la notion de démocratie.
Au sens littéral, c’est quand même le pouvoir donné à la multitude et les promoteurs du pronétariat ne sont finalement qu’en espérance d’un paradygme démocratique où le réseau permettrait la concrétisation de l’utopie démocratique absolue. Ils rejoignent ceux qui voient le rôle du réseau dans le Non au TCE comme une concrétisation pour alimenter la théorie.
Pendant ce temps et avec parfois des accointances avec les précédents, d’autres tirent à boulet rouge sur le paradygme démocratique, lui préférant l’ordre républicain ou carrément la méritocratie de leur caste.
Il faut sérieusement se méfier à ne pas jouer avec les allumettes en prônant l’idéal démocratique tout en pilonnant la démocratie représentative ou les médias qui sont malgré leurs défauts les instruments des démocraties dans lesquelles nous vivons.
Je ne dis pas que les choses ne doivent pas évoluer, mais comme toujours ce n’est pas dans l’extrémisme qu’il faut chercher des solutions et s’il est une posture usuelle de pousser le curseur un peu loin, de renchérir pour plus d’audibilité, un peu de mesure et surtout de patience dans les changements sociétaux liés au réseau seraient plus appropriés.
J’ai eu du mal à comprendre les positions récentes de Dominique Wolton, notamment une certaine frilosité face aux blogs et nouvelles dynamiques du réseau. Mais sa ligne est bien celle de la prudence à ne pas se tirer une balle dans le pied en prônant l’idéal démocratique tout en attaquant par mégarde celle dans laquelle nous sommes. Des médias affaiblis, on a vu ce que cela donné aux USA après le 11/09.
Je dis tout cela d’autant plus librement que j’ai moi aussi joué au jeu, notamment de celui de taper sur les médias, mais que je veille maintenant à un peu plus de prudence. Le dernier chapitre de SmartMobs, où Howard Rheigold nous invite à un regard lucide sur les bénéfices et déviances que l’avènement de la Société de l’Information peut susciter, si nous n’y prenons garde, est à ce titre un propos dont la valeur relève de la salubrité publique.
En fin de compte, je crois que si le réseau sert à quelque chose et si l’Internaute 2.0 représente une avancée, c’est en terme d’égalité des chances. Pour peu que l’on aie quelque chose à dire et à faire valoir, la toile offre beaucoup de moyens pour exister, s’y exprimer et s’y développer. On peut même espérer qu’elle apporte la confrontation d’idées et le débat propre à forger des citoyens plus exigeants en terme de démocratie. Encore faut-il que le bagage éducatif soit là et que nous soyons tous vigilant à faire oeuvre de régulation collective, à dépasser l’observation béate pour peser.
L’internet et notamment les blogs sont un espace de Liberté, un outil au service de notre Egalité chérie et espérons-le un lieu de nouvelles Fraternités. C’est pas une belle espérance ça ?

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