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04/14/2006

Pour en finir avec le web 2.0

Author: amo@emakina.fr

On ne peut pas parler du web 2.0 sans évoquer les comportements d’utilisateurs qui leurs sont associés. Cela engendre d’inévitables digressions vers des considérations sociétales, mais je trouve que le sujet prend une tournure assez singulière depuis quelques temps.
La banalisation du concept et sa reformulation par les médias de masse et l’industrie fait en effet craindre à certains une récupération du phénomène, la reprise en main du réseau (si tant est qu’il ai pu être pris en main un jour, mais peu importe). Cette idée stimule l’envie de contestation, de lutte, de défense d’une certaine idée de la consommation telle qu’elle serait incarnée par l’avant-garde des utilisateurs 2.0. Tout cela n’est évidemment pas étranger avec la DADVSI et les événements sur le CPE, mais ceux-ci ne font que cristalliser les choses. L’utilisateur 2.0 a pris le pouvoir sur le réseau, l’idée qu’il puisse en être dépossédé se suffit à elle-même.
Il y a dans tout cela une grande confusion. Le “web 2.0” est un tel mot-valise, et l’on colle maintenant du 2.0 tellement partout, que l’on mélange les torchons et les serviettes, le terrain de jeu et celui qui s’y pratique.

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Il est un fait que les consommateurs sont de plus en plus critiques et gobent de moins en moins la pub, la com’ et tous ces messages qui sont censés les envoyer paître ici où là. On le voit dans la consommation en général, dans celle des médias en particulier et plus encore en politique.
Nous nous muons en Saint-Thomas. Le discours ne suffit plus, il doit être étayé par des faits. Les maîtres mots de demain seront confiance et notoriété, ils suivent de près éthique, très en vogue l’année dernière, ils deviennent une valeur quantifiable des marques, hommes politiques et de tout un chacun, on commence d’ailleurs à parler et à faire du management de ces questions dans les organisations. Le manifeste de B. Duperrin dans Moovement colle parfaitement à ce changement.
Ce mouvement de fonds est une chose, mais ce n’est pas parce que le web 2.0 donne des outils aux internautes, en fait les moyens du sens et de l’opérationnalité au Saint-Thomas qui est en nous, qu’il s’agit de la même chose.
Je dirai plutôt qu’il y a une bonne conjonction. Nous sommes devenus critiques et exigeants et ça tombe bien, le réseau nous offre les moyens de cultiver cette tendance. Nous bloguons, nous réseautons, nous prenons un malin plaisir à démonter les façades artificielles et les opérations de com’ superficielles, à jetter l’opprobre, à distribuer bons et mauvais points sur un réseau de plus en plus central dans l’économie et dans la vie et où nous avons la possibilité d’être acteur, de collectivement rendre dépendant de nous ceux qui nous gouvernent et nous nourrissent. L’utilisateur 2.0 s’est donné les moyens d’entrer dans le jeu et c’est bien ça le problème posé au conservatisme. La Société de l’Information est en route et elle impose du mouvement, du risque, de la vie. Le réseau est vivant.
Alors, qu’en est-il de cette idée de reprise en main du web 2.0 par quelques forces de l’ombre ?
J’entends bien les comparaisons avec les radios libres, espaces de liberté passés depuis sous les fourches caudines du media-business et mis en coupes réglées.
Il y a quelque chose de différent avec Internet, c’est la capacité des utilisateurs, avec quasiment les mêmes facultés que les puissants, à agir et à réagir à ce qu’on leur propose, à interagir entre eux. Ceci ne peut pas être pris en main, car ce ne sont pas les outils qui comptent, mais les usages qu’en font les gens et bien souvent les détournements d’usages. Ceci ne se commande pas.
Dans le registre de la consommation et en ce domaine, le monde économique ne fait rien d’autre que nous proposer ce qu’il a jugé que nous avions envie qu’il nous donne l’occasion de consommer. C’est l’addition de nos comportements indviduels qui fait les mouvements d’adhésion aux modes et pratiques que pour autant nous aimons à vilipender. Les choses vont vite, en flux, elles donnent à la fois lieu à adhésion en même temps que critique, rejet en même temps que mimétisme. Sur le réseau, tout cela est observable à volonté. Le tout, mais c’est le plus difficile, c’est d’avoir l’humilité de se mettre à l’écoute et surtout d’entrer en dialogue avec son écosystème.
Certains l’on bien compris, Google et mieux encore maintenant Yahoo!, qu’il était plus malin de travailler son adaptabilité plutôt que de tirer de grands plans sur la comète. C’est ça l’inévitable “Beta” du web 2.0. On n’est pas dans le “fini”, on se donne les moyens de coller aux mouvements de sa cible. On lui envoie des stimuli, on observe et on se remet en question tous les matins.
On ne peut pas raisonner comme si l’internet était organisé, ou qu’il puisse l’être. C’est justement cette qualité qui est à la base de son développement, stimule sa créativité et maintenant sert aujourd’hui l’économie moderne car elle y trouve une interaction avec sa clientèle qu’elle n’aura jamais à ce point dans ses anciens modèles.
Je ne crois donc pas à une “reprise en main” du réseau et je n’aime pas beaucoup cette mise en boîte qu’est le web 2.0 qui est à mon goût trop statique. Il me semble dangereux de raisonner en terme de lutte ou d’autres mots qui n’évoquent rien moins que les velléités d’être aux commandes d’une autorité nécessairement morale du réseau. Je n’aime pas la perspective d’une dictature du Pronétariat et je n’aime pas non plus ce que l’on a entrevu à Tunis l’année dernière. Tout cela concoure à fragiliser le réseau. On pourrait même assister, sous les poussées réactionnaires, à l’émergence d’un darknet, semble-t’il prédit par un groupe de recherche de Microsoft en 2002.
Au point où nous en sommes, Internet est devenu tellement central et important, tellement supranational et en même temps incontrôlé qu’on en est rendu à essayer de comprendre ce qui s’y passe plus que d’anticiper ce qui va s’y passer. Et c’est très bien comme ça. Producteurs et consommateurs y sont sur le même plan et en interaction. L’unique question est d’y être en symbiose. La seule chose à faire c’est d’en faire partie et de regarder plus loin que sa bulle, de se mettre au service de son environnement. C’est ça le vrai changement.

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